Aujourd'hui, La Fourmi est au taquet.

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La Fourmi est parmi vous. Elle donne, le jour, des cours en lycée agricole ; elle retranscrit, la nuit, ce qu'elle a observé la journée. La Fourmi, est-ce l'un de vos professeurs...? La Fourmi se glisse dans les couloirs et les salles de votre lycée, d'où elle vous observe grandir, apprendre, vous ennuyer, mûrir, attendre, vous émouvoir, découvrir, vous amuser, traîner des pieds, désirer, vivre, sur les montagnes russes de votre adolescence.

Elle s'est levée trois fois cette nuit. Vous aussi, peut-être.

La première fois, à 1h30, La Fourmi est allée vérifier qu'elle n'avait pas perdu les clefs du lycée. Au même instant, vous vous tourniez et retourniez dans votre lit, ruminant l'ordre maternel de reprendre peu à peu le rythme de l'année scolaire. La Fourmi s'est recouchée, rassurée. Pas vous.

La deuxième fois, à 2h50, La Fourmi a été prise d'un doute sur la précision de son introduction à l'introduction de son cours de philosophie en Terminale STAV. Ne pas trop parler, ne pas se perdre dans les détails, ne pas les perdre, eux, insérer une anecdote, ne pas leur donner envie de sortir leur portable pour esquiver les efforts exigés par La Fourmi, être claire, synthétique, souriante, amusante, vive, vivante. Vous n'avez toujours pas, de votre côté, fermé les yeux ; vous avez déjà envoyé trois tweet pour manifester à l'ensemble du monde entier, soleil, lune et Pluton compris, votre dégoût de savoir votre belle vie finie. Le retour au lycée, avec les contraintes de l'internat, à l'horizon, juste devant, mardi prochain. Personne ne vous a répondu. Forcément, il est 2h50 du matin.

La troisième fois, La Fourmi, qui s'était rendormie, se réveille en sursaut, angoissée : elle vient de cauchemarder.
Elle, seule, ouvrant la bouche en vain dans un brouhaha si dense qu'on ne percevrait même pas s'il est question de vos vacances ; elle, seule, en équilibre instable sur son estrade, et le sol s'ouvrirait sous ses pieds, pour, au milieu du vacarme de l'indifférence, l'engloutir, sans un regard vers elle, seule, qui s'exténuerait à expliquer qu'elle a un projet pour vous, vous peu concernés, ce qui l'isolerait d'autant, elle, La Fourmi, petite et seule, pas même rehaussée par son estrade. « Prenez une feuille ! », hurle-t-elle, désespérée de son impuissance et réveillant ainsi, à 4h du matin, l'ensemble de son quartier. Vous, enfin, dormez à poings fermés.

La Fourmi a hâte de vous retrouver.

La fourmi