Aujourd'hui, La Fourmi peint

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La Fourmi est parmi vous. Elle donne, le jour, des cours en lycée agricole ; elle retranscrit, la nuit, ce qu'elle a observé la journée. La Fourmi, est-ce l'un de vos professeurs...? La Fourmi se glisse dans les couloirs et les salles de votre lycée, d'où elle vous observe grandir, apprendre, vous ennuyer, mûrir, attendre, vous émouvoir, découvrir, vous amuser, traîner des pieds, désirer, vivre, sur les montagnes russes de votre adolescence.

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  • Balzac faisait des descriptions de Paris qui ressemblaient à des peintures. La Fourmi, elle, dispose ses élèves en tableau.
  • La salle est d'un seyant saumon, lumineux.
  • On s'installe au milieu. On pousse les tables, les sacs à dos ; on jette les kleenex qui traînent. Celui qui joue le Roi ordonne à ses gardes de monter une chaise en formica en guise de trône. Les deux élèves s'exécutent. On ne dit pas non à Salomon. Il s'investit tant dans son rôle que même lorsqu'il monte sur la table de classe, beige à piliers scolaires, il semble hiératique. Les gestes des mains, avec les index vers le haut, vers le bas, le dos droit : il se rapproche le plus possible de ce que lui décrit un metteur en scène improvisé, le nez dans son manuel de philo.
  • « La ruse va-t-elle fonctionner pour connaître la vraie mère ? », s'interroge Salomon d'une voix claire. La Fourmi tape la réplique.
  • L'un des deux gardes sort son peigne noir. Il le passe langoureusement dans ses cheveux.
  • Salomon s'écrie : « à vous, les mères ! »
  • On ne dit pas non à Salomon. Deux filles entrent sur notre scène improvisée au centre de cette salle de classe rose saumon, pour se mettre en place. L'une d'entre elles chute : l'enfant mort qu'elle est censée porter sur ses genoux, trop lourd, la fait basculer en arrière. L?enfant et elle échangent leurs rôles.
  • « Je ne peux pas regarder ça ! », hurle l'Observatrice du Jugement de Salomon. La Fourmi tape. Bien penser leur demander de tout remettre en place avant de sortir, rumine-t-elle : ça ne fait pas sérieux, les chaises sur les tables et les bureaux en vrac dans un coin.
  • Le garde, indifférent, passe inlassablement son peigne noir dans ses cheveux.
  • « Je veux faire l'enfant aussi ! » réclame une voix. On en cherche donc un deuxième dans le tableau du XVIIème, qu'on trouve, dans un coin, en jaune poussin.
  • Positions.

  • Le premier garde se peigne ; l'autre baille.
  • Pendant ce temps, le barbu du fond philosophe : « cet homme est vraiment subtil. Par son action, il va amener la vérité ».
  • Il hésite : l'arrêt méditatif, avant ou après « subtil » ? La Fourmi, secrétaire, essaie les deux en alternant la ponctuation au rétro-projecteur. On se décide. C'est l'intonation qui fera ressortir l'adjectif que le Barbu du Fond est fier d'avoir trouvé.
  • La Fourmi aime quand ils osent.
  • On a encore deux gardes à placer, qui s?avancent l'un et l'autre. Justifiez votre désaccord. Si la conscience morale de l'un s'oppose au sens de l'obéissance de l'autre, profitons-en alors pour distinguer le légal et le légitime, risque la Fourmi qui n'en manque pas une pour essayer de glisser deux notions du programme. Certes, certes, font les deux gardes dont l'un recoiffe l'autre. On leur jette un poupon qu'on a déniché au fond d'une loge de théâtre. Le garde brandit son peigne... Arrêt sur image. "Celle-ci est la vraie mère. Et voici ma Justice."
Positions.

La Fourmi aime les musées.

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La fourmi Photo