Aujourd'hui, La Fourmi vous regarde philosopher

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La Fourmi est parmi vous. Elle donne, le jour, des cours en lycée agricole ; elle retranscrit, la nuit, ce qu'elle a observé la journée. La Fourmi, est-ce l'un de vos professeurs...? La Fourmi se glisse dans les couloirs et les salles de votre lycée, d'où elle vous observe grandir, apprendre, vous ennuyer, mûrir, attendre, vous émouvoir, découvrir, vous amuser, traîner des pieds, désirer, vivre, sur les montagnes russes de votre adolescence.

  • Le premier à s'avancer sur scène est Pythagore. C'est assez cohérent : inventeur du terme « philosophie », explique-t-il, le nez dans ses notes à grands carreaux, il est tout à fait logique qu'il soit le premier à entrer sur le plateau de l'amphithéâtre. Pythagore, les pieds bien plantés dans ses baskets à lacets défaits. Le foule des philosophes doit le rejoindre dès qu'il aura prononcé le mot « marche », ce terme qui, récite-t-il en imitant
  • La Fourmi, rapproche en grec les émotions des mouvements, « philo », aimer ou aller vers...
  • Pythagore soudain s'interrompt. Personne n'est parti au bon moment. « Hé, les gens, si vous me laissez seul en scène, ça va pas l'faire, hein, car j'ai plus rien à dire, j'me souviens plus de la suite ».
  • La Fourmi tique, forcément. Des siècles de pensées partis en fumée dans la désinvolture de Pythagore qui ne sait pas même nouer ses propres lacets.
  • « En marche ! », hurle le philosophe grec de peur de se faire lacérer par l'exaspération de La Fourmi ; « en marche ! », répète-t-il, vers les coulisses. Epicure, peu attentif, se chamaillant avec lui-même, Freud bâillant et Montaigne, frigorifiée, occupée à enfiler une petite laine, seul Socrate démarre au bon moment, talonné par Nietzsche.
  • Les autres courent les rejoindre en avant-scène.
  • Mais pourquoi donc Karl Marx, le nez caché par un keffieh rouge, a-t-il choisi une démarche vacillante, comme s'il avait bu ?«Hé, j'étais un philosophe drogué, bien sûr, M'dame ! », s'étonne Marx en sortant son nez du keffieh pour que La Fourmi perçoive bien la logique de sa justification : « c'est en tout cas ce qu'on m'en a dit. »
  • « Mais que reste-t-il de mes idées ? » enchaîne Socrate qui n'a pas envie de s'arrêter en pleine répétition.
  • Nietzsche sourit en se retournant sur Marx : « tu crois tout ce qu'on te dit, toi !? » Nietzsche a une jolie fossette sur la joue gauche, pense La Fourmi qui se retient de toutes ses pattes ; sur le bout des antennes, elle a un discours préfabriqué sur la nécessité de prendre ses distances avec les rumeurs, un discours destiné à Marx qu'elle trouve si naïf... Or elle saisit soudain l'association d'idées erronées qui a implosé au-dessus du keffieh : OK.
  • Je t'arrête tout de suite, Karl M. Quand tu écris « la religion est l'opium du peuple », c'est une métaphore.
  • « Que reste-t-il de mes idées ? », persiste Socrate qui continue à jouer.
  • Ils sont deux Epicures. Un grand et un petit. Deux clamant Carpe Diem de toute la force de leurs 17 ans.
  • La Fourmi les observe philosopher, s?approprier la pensée, jouer les philosophes du passé, incarner les idées, les inciter à dialoguer comme si elles venaient tout juste d'être formulées, faire surgir les penseurs du passé, les réinsérer dans notre vie même, les amener à agir de nouveau, à exister, à parler, sur une scène d'amphithéâtre un peu vieilli, d'amphithéâtre un peu gris, aux volets presque coincés, à la porte extérieure condamnée, une scène d'amphithéâtre de lycée agricole.
  • « Mais que reste-t-il... vraiment... de mes idées ? »
  • Socrate ? il reste de toi un personnage, dans une pièce de théâtre inventée, réalisée et montée par les Terminales S pour initier les Premières S à la philosophie : transmission.
  • La Fourmi aime les liens.

La fourmi